Cet article participe à l’évènement interblogueurs “Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : vos clés pour traverser l’épreuve” organisé par Solweig Ely, auteure du blog Chemins de Vies (chemins-de-vies.fr), dédié à la reconstruction après un traumatisme. J’apprécie particulièrement ce blog, et parmi ses articles, l’un de mes préférés est celui sur Boris Cyrulnik : l’art de la résilience face au traumatisme.
Épreuves et résilience
La première fois que j’ai entendu parler de résilience, j’avais autour de 45 ans, il y a 15 ans, à la sortie du livre de Boris Cyrulnik. J’étais en formation en Communication Non Violente et cela correspondait bien à ce dont nous parlions.
Déjà c’était un mot nouveau pour moi, la racine me parlait de résistance avec une nuance que je voulais connaître. Ma propension à m’enrichir culturellement m’a fait aller voir de plus près.
Dans cette lecture, je me suis dit que j’ai vécu quelque chose de l’ordre de la résilience avec mon frère Cyrille, handicapé mental, décédé 15 ans plus tôt. Cyrille, Cyrulnik, ces noms ont une sacrée similitude, peut être que cela aussi avait contribué à éveiller ma curiosité.
Il fallait que j’aille voir, lire.
J’ai aimé ses descriptions, ses propositions, ses exemples, sa façon de voir les choses. Je me souviens m’être dit en fermant ce premier livre, oui, c’est comme dans la fable de Jean de La Fontaine « Le chêne et le roseau ». Plier ou casser. Je comprenais qu’il valait mieux plier, en tous cas, je faisais le choix de plier. Vous pouvez imaginer qu’avec la formation dans laquelle j’étais, je n’aimais pas la pensée de casser.
Le pouvoir de changer de regard
Hier, j’étais étonnée de la vision de mon compagnon avec qui je jouais aux cartes.
Pendant environ 1 an c’est lui qui gagnait en majorité.
Et puis, j’ai gagné sur une certaine série inhabituelle, et je l’ai vu changer sa façon de voir.
Et il a commencé à parler de chance (de mon côté je le faisais déjà).
C’est comme si son esprit se brouillait.
Il ne pouvait plus avoir de chance. Il ne voyait pas les points positifs, il ne voyait pas la « bonne carte », j’avais beau lui dire, il n’avait sincèrement pas enregistré.
Ça m’a vraiment surprise ce virement de position que je ne connaissais pas encore de lui.
Et cela m’a permis de revoir ce que j’ai appelé ma « malchance » une longue période de ma vie.
Et je l’appuyais en disant que ma famille se moquait de moi, riait, quand quelque chose n’arrivait qu’à moi. Par exemple il n’y avait qu’un plat absent au menu, c’était celui que je choisissais et c’était devenu « habituel ». J’étais servie systématiquement la dernière. J’essayais quelque fois de lutter intérieurement, je me rassurais en me disant que j’étais différente, j’avais des goûts différents et peut être même pas communs, qui faisait que c’était plus difficile d’assumer une carte, de faire ce plat…
Et une partie de moi ne voulait pas négocier sur ma différence, ne pas me mettre au goût des autres, assumer cette différence et voire même la travailler.
Et, toujours curieuse, j’ai approfondi la question de chance. Je comprends que ceux qui ont de la chance ont un regard qui fait qu’ils voient la pièce qui est par terre et pas celui qui se dit qu’il n’a pas de chance. Alors, ça voudrait dire que je peux changer mon regard et voir cette pièce moi aussi ?
Essayons.
De la résilience au Kintsugi
Oui, j’ai essayé, et comme ce n’était que des essais, je revenais avec ma malchance. Et un jour, j’ai dit « STOP », c’est fini cette histoire. Ce n’est qu’une question de regard, je regarde autrement. Je choisis d’être heureuse, de trouver le mari qui me correspond maintenant.
Ce qui m’a convaincu c’est que cette année-là, pour la première fois de ma vie, à 25 ans j’ai eu la fève à la galette des rois. Vous vous rendez compte, cela voulait dire que la chance avait tourné pour moi. Que je n’étais plus la victime du hasard…Et quand nous nous retrouvions en repas de famille, que j’entendais des allusions, du style, non, il ne va pas y avoir ce plat là pour Sandrine, je disais haut et fort, si si, vous allez voir, c’est fini cette histoire, maintenant j’ai gagné en chance. Et c’était vrai.
Je ne suis pas allée jouer au loto pour autant !
De ce fait j’ai un peu oublié cette histoire de chance, ce regard pendant quelques années, jusqu’au moment où j’ai pensé divorcer. La croyance que je m’étais faite avec le mariage avec mon mari devenait obsolète. Ah je m’en suis racontée des histoires !!!
C’est à ce moment-là que j’ai commencé la formation à la Communication Non Violente et que j’ai entendu parler de la Résilience.
Si le phénomène était bien décrit, il ne m’était pas facile de comprendre comment arriver à faire avec mes douleurs autour de l’Amour qui revenaient en force avec ma séparation.
J’ai quand même fait un lien avec la chance. Mon expérience m’avait déjà donné pour phrase emblématique : « Tout est pour le mieux », et comme je la propose régulièrement aux personnes que j’accompagne, je peux rajouter aux moments compliqués, « …même si tu ne sais pas encore pourquoi ça t’arrive, et ce qui va en sortir de meilleur ».
Et ce que j’en sors, comme emblème, une image de kintsugi, ou les fêlures et cassures sont peintes d’or et qui rend une nouvelle fois l’objet tellement unique et avec encore plus de valeur, de beauté. J’ADORE !
En résumé, résilier, c’est, pour moi, le fait de chercher et trouver un moyen d’être en paix avec les douleurs, fractures incommensurables, en acceptant ce qui s’est passé puisque « ÇA » c’est passé.
Et en s’enrichissant de ces extraordinaires expériences. Et comment m’enrichir de ces expériences ? En les nommant, en en parlant, en les reconnaissant, en changeant mon regard, ma vision.
Parce que pour moi, reconnaître est le début de la guérison, si guérison il doit y avoir.
